Nostalgie du barbier

Texte écrit dans le cadre du "défi" écriture de la semaine sur le blog de miletune à partir de l'image suivante.



Nostalgie du barbier


Marc s’apprêtait à fermer sa boutique de barbier. Les derniers rayons d’un soleil éblouissant s’infiltraient sournoisement à travers les lames des stores en piteux état. Oh ! Il avait bien pensé à les changer, mais les temps étaient difficiles et bientôt il prendrait une retraite bien méritée. D’ailleurs les futurs propriétaires du local - s’il réussit à le vendre – voudront sans aucun doute tout modifier. Alors à quoi bon ?

Plus de 40 ans qu’il rasait habilement des clients de plus en plus exigeants et, à vrai dire, de moins en moins nombreux. Marc ferma la porte à double-tour, son petit appartement était situé à l’étage. Il y avait accès par l’arrière-boutique. Il passa un dernier coup de balai. Il se sentait nostalgique ce soir-là.

Il s’assit un instant sur le vieux fauteuil marron au centre de la pièce, là où, bien des années auparavant, son idole, dont la voix au rythme endiablé et parfois plus suave du Rock-And-Roll résonnait régulièrement à travers le vieux poste radio qui avait désormais rendu l’âme, s’était lui-même assis !

Elvis Presley en personne.

Même dans ses rêves les plus fous, Marc n’aurait jamais pu imaginer rencontrer en chair et en os celui dont les portraits ornaient déjà à l’époque sa boutique, celui qu’il admirait depuis ses débuts.

Monsieur Presley, là, devant lui, prêt à lui confier son visage qui déchaînait les foules et en particulier les jeunes filles ! Monsieur Elvis Presley en personne dans sa modeste boutique de barbier. Impensable et pourtant si réel.

Marc s’en souvenait dans les moindres détails.

Ce jour-là, il était vêtu comme d’habitude d’un pantalon de toile beige et d’une chemise blanche, son tablier de barbier par-dessus. Il était en train de raser Samy, un fidèle client toujours enjoué, devenu un ami au fil du temps,… aujourd’hui décédé. Son « coupe-choux » tout neuf frôlait avec précision la peau tannée du visage de Samy pour lui donner cet aspect lisse et doux qu’il arborait fièrement auprès des gentes dames. Samy était un sacré charmeur.

C’est alors que la clochette suspendue à la porte avait tinté. Une silhouette était apparue dans l’embrasure de la porte, suivie d’autres hurlantes retenues par un barrage de gardes du corps. Le cœur de Marc s’était mis à galoper tel un cheval fougueux. Un sentiment indéfinissable s’était emparé de lui, ce jour-là, mêlé d’excitation et d’angoisse. Etait-ce bien lui ? Etait-ce bien Elvis ? Aucun doute.

Ce dernier s’était alors approché et avait demandé à être rasé de près par Marc qui, il est vrai, avait la réputation d’être parmi les meilleurs barbiers de la région. Région où Elvis Presley était en tournée à ce moment-là. Marc s’était exécuté avec talent tout en devant maîtriser son tremblement d’émotion… Une fois la tâche accomplie, Monsieur Presley avait payé gracieusement Marc et lui avait signé un de ses portraits qui trône toujours en bonne vue au-dessus de la devanture.

Quel souvenir mémorable !

Marc soupira. Il était loin ce temps où sa boutique de barbier attirait les hommes de tous les alentours… Marc rangea son balai et son tablier, …gravit les marches jusqu’à son appartement où il reprit ses habitudes de vieux célibataire. Demain, peut-être, se résignera-t- il enfin à vendre définitivement…Il était 21h30, Marc s’endormit après avoir avalé le reste d’une soupe de légumes, nostalgique mais heureux comme un homme satisfait de sa vie simple et pourtant extraordinaire.

Mary Grimoire


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