Memento vivere

Texte écrit pour le blog Miletune suite. J'y ai apporté quelques modifications avant de la publier ici.



Des escaliers apparurent devant moi. Tout était noir autour. Ces marches lumineuses m'invitaient à les gravir : je ne me fis pas prier. Je cherchais une issue de secours depuis des heures déjà.





J'avais franchi des dizaines de portes, parcouru de longs couloirs sombres, mais en vain. Je revenais toujours dans la même pièce. Une grande salle dont les murs étaient couverts de tentures sans couleurs. Aucune fenêtre. Le plafond formait une voûte bleutée parsemée de tâches noirâtres. Il ne me restait alors plus qu'une porte à ouvrir. Je l'avais découverte par hasard en soulevant une des tentures qui portait une inscription latine. Je ne l'avais pas remarquée jusque là.

"PROFICIO"


Derrière cette porte, j'avais suivi une fois encore un couloir qui semblait sans fin. Il menait à une pièce qui était plongée dans une obscurité opaque. Mais dès que j'avais franchi son seuil, une lumière douce avait illuminé les marches d'un escalier. Un escalier simple en apparence. J'aperçus sur la première marche une autre inscription


"SCANDERE"


Je n'avais rien à perdre, je décidai donc de voir où ils me mèneraient. A chacun de mes pas, les marches s'effaçaient derrière moi en une fine poussière dorée. Arrivée au sommet, une nouvelle porte s'ouvrit. J'entendis alors plusieurs voix m'accueillir sur un ton compatissant.


"Ici tu peux parler en toute quiétude. Tes confidences resteront à jamais secrètes. Libère toi du poids de ta culpabilité, de tes remords et tu pourras retourner à la vie. Celle dont tu rêves et que tu attends depuis si longtemps. "

"DIMITTIS"


C'était l'inscription gravée sur la dernière marche.


Je me rendis alors compte que je portais un lourd fardeau sur mon dos qui n'était pas le mien. Je l'avais ignoré. Je mis le sac au sol, l'ouvris et en sortis des carnets sur lesquels étaient dessinés des moments de ma vie. Les pages tournaient toutes seules et défilaient devant mes yeux. Des larmes coulèrent le long de mes joues. Je compris que cette vie était à sa fin et que je devais en écrire le dernier chapitre. Ceux qui m'entouraient me prirent par la main et me montrèrent l'horizon qui s'offrait à moi. Pour y accéder, il me fallait laisser derrière moi le poids du passé, accepter de ne pas être responsable des douleurs subies. Je refermai les carnets et les confiai à ces êtres bienveillants qui les rangèrent dans leurs consciences pour m'en libérer.


Je me retournai une dernière fois pour saluer ces créatures de lumière qui d'un signe m'encourageaient à suivre le chemin qui s'ouvrait à moi sans peur. Je me redressai et avançai sereine.


Aujourd'hui, je suis chez un tatoueur pour qu'il inscrive dans ma chair deux mots





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Texte écrit pour le sujet 8 du blog Miletunesuite Assise stoïque devant l'entrée des mares, veille la grenouille-mère. Le monde peut tourner à l'envers, ses yeux globuleux restent grand ouvert. Qu'il