Lucie



Après une dure journée à supporter ses collègues aigries, Lucie , le moral en berne, arpentait les rues de la petite ville où elle avait emménagé l’an dernier, suite à son embauche dans une agence de voyage. Rien n’allait comme elle le souhaitait. Elle s’ennuyait au bureau où elle devait fournir de gros efforts pour sourire aux pimbêches qui se croyaient intéressantes avec leurs histoires dignes des pires concierges, celles qui guettent le moindre de vos mouvements pour les critiquer !


Lucie savait très bien que dès qu’elle quittait la pièce, ses bécasses ne se gênaient pas pour la rabaisser et se moquer de son style trop « campagnard », pas « assez chic » pour avoir l’honneur d’être dans leurs petits papiers… Elle n’était jamais invitée à leurs sorties restaurant, disco ou autres. Lucie s’en moquait…enfin elle essayait de s’en moquer. Mais au fond, tout cela la rendait morose, car sa solitude n’en était que plus flagrante. Personne dans sa vie, pas d’ami au masculin comme au féminin, et encore moins de « petit ami ».

Oh, elle avait bien quelques connaissances dans son quartier avec qui elle papotait de temps à autre, mais elle ne les connaissait pas suffisamment pour les appeler « ami ». Sa confiance était difficile à gagner. Surtout depuis que l’amour de sa vie l’avait trahie. Ils avaient le projet d’acheter un appartement ensemble, de fonder une famille et de gérer un hôtel ensemble. Ils ont trouvé l’hôtel, l’appartement mais la famille qui y vit et gère l’établissement n’est pas la sienne…


La fille du propriétaire de l’hôtel avait mis la main sur cet imbécile qui n’avait même pas eu le courage de lui avouer en face qu’il était tombé sous le charme de celle-ci. Lucie se demandait s’ il l’avait jamais vraiment aimée ou si il s’était servi de ses compétences pour acquérir ce qu’il désirait avant de la jeter comme une moins que rien. Qu’elle avait été naïve ! C’était la raison de son départ loin de son village. Elle avait coupé les ponts avec tous ses amis, elle voulait la paix et pouvoir se reconstruire.

Pour l’instant c’était mal parti ! Elle broyait du noir. Sa vie se résumait à faire semblant de sourire, à fournir le maximum d’elle-même pour vendre du rêve aux clients de l’agence, et à s’en retourner chez elle. Repas, bain ou douche, télé, dodo et le lendemain rebelote. Rien d’extraordinaire.


Ce soir-là, Lucie errait donc dans les rues, sans trop savoir où ses pas la menaient. Son esprit vagabondait dans un brouillard dont elle n’arrivait pas à sortir. Elle n’avait plus confiance en rien, et surtout en elle-même. Comment avait-elle pu être aussi aveugle ? Elle devait vraiment être la plus stupide de toutes les femmes de la planète pour n’avoir rien vu, rien voulu voir malgré les avertissements de son père. Elle lui en avait même voulu de ne pas apprécier Marius.

Aujourd’hui elle lui en voulait d’avoir eu raison, et elle culpabilisait de sa bêtise. Elle était trop « campagnarde » comme disaient ses collègues…pas « assez chic »…

Elle arriva alors devant la devanture d’une salle de musculation.

Elle leva les yeux et vit une inscription taguée en bleu sur la porte vitrée :


« Je n’ai rien à te dire sinon que je t’aime.»


Elle vit au même moment son reflet dans un miroir placé à l‘entrée. Ce fut une révélation pour Lucie. La claque qu’il lui fallait pour qu’elle se réveille et commence à réagir, à reprendre en main sa vie !


Son corps, son âme lui lançaient un cri teinté de bleu : « Je n’ai rien à te dire sinon que je t’aime »… Lucie comprit alors qu’il était temps qu’elle apprenne à s’aimer elle-même avant tout chose !

Elle franchit le seuil de la salle et prit un abonnement. Lucie se sentait enfin prête. Ce fut le début de sa nouvelle vie…


Texte écrit pour l'atelier d'écriture


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