La graine de Janus

Il était une fois une fillette pleine de vie, une vie qu’elle voulait croquer à pleines dents. Certains disaient qu’elle avait trop d’énergie et n’acceptaient pas son comportement hyperactif. La petite fille était souvent la cible de remarques désobligeantes…mais elle s’en moquait. Elle avait un secret.


Chaque printemps, elle admirait le parterre de fleurs qu’elle avait ainsi créé. Elle restait là pendant des heures à dessiner ou peindre chacune d’elle avec une précision exceptionnelle, tout en voltigeant entre elles quand les fourmillements s’agitaient de nouveau dans ses jambes. Toutes les nuances de violet dansaient sur le papier : mauve, lilas, parme, glycine, raisin, lavande, indigo, améthyste, héliotrope ou zinzolin…


Ce printemps-là, le soleil tapait fort, la canicule était étouffante et n’avait pas laissé le temps à la nature de se gonfler de pétrichor pour y résister. La petite fille craignait le pire pour son jardin secret. Les heures de classe s’écoulaient beaucoup trop lentement et elle trépignait d’impatience : elle aurait voulu passer ses journées auprès de ses amies florales plutôt que de rester plantée là sur sa chaise d’écolière…

« Mademoiselle Iris !

Arrêtez de taper ainsi avec votre crayon sur votre table et cessez de vous balancer sur votre chaise ! »


Iris n’arrivait plus à se contrôler, il lui était impossible de tenir en place A chaque instant, elle s’imaginait devant un sol jauni couvert de fleurs fanées, mortes de soif. Il faisait si chaud, et cela faisait plus d’une semaine qu’elle n’avait pas pu se rendre au cœur de son jardin… Ses parents lui avaient interdit de trainer au retour de l’école après avoir vu son maître qui leur avait parlé de son comportement dérangeant. Personne ne voulait la comprendre, comme si elle faisait exprès d’être cette gamine agitée et un peu impulsive ! Elle avait beau tout faire pour ressembler à ses petits camarades, rien n’y faisait. C’était plus fort qu’elle, il fallait qu’elle bouge pour ne pas prendre racine et se faner comme le bouquet de pervenches au fond de la salle. Ses jambes voulaient courir dehors, ses mains voulaient dessiner, ses pensées s’envolaient comme des papillons dès qu’un mot évoquait la nature, dès qu’un insecte traversait la pièce…


Ce jour-là, la fillette quitta la classe aussi vite qu’une souris à la vue du chat ! Elle courut vers le seul endroit où elle se sentait elle-même, où elle trouvait le calme dont elle avait besoin pour réussir à se détendre et se concentrer sur ses fleurs violettes. A sa grande surprise, elle trouva son jardin encore plus beau qu’elle ne l’avait laissé. Ses plantations étaient magnifiques : les bourgeons s’étaient ouverts et laissaient apparaître les pétales aux nuances de mauve qui émerveillaient tant Iris. Elle se posa au milieu du

parterre fleuri, le sourire jusqu’aux oreilles, quand elle remarqua une fleur dont elle ignorait le nom…



Une fleur encore plus belle que les autres ! Elle était sûre de ne pas l’avoir semée. Sa couleur était d’un violet plus dense, plus étincelant que toutes les nuances qu’elle connaissait. Ses pétales brillaient d’un éclat magique dont le regard d’Iris n’arrivait pas à se détacher.



Elle entendit alors une voix murmurer son nom, une voix douce et faible…D’où venait-elle ? Il n’y avait personne aux alentours ! Peut-être avait-elle rêvé ? Pourtant l’appel se renouvela. Plus de doute, quelqu’un appelait la fillette. Le son provenait de la fleur, cette fleur magnifique apparue mystérieusement dans son petit jardin secret. Iris tendit l’oreille. Elle perçut alors clairement deux mots :


« Bonjour Iris ! »


La fillette étonnée vérifia une dernière fois que personne n’était caché derrière les feuillus épais pour se moquer d’elle. Puis elle répondit :


« Bonjour, qui es-tu et comment connais-tu mon prénom ? ».


Un drôle de petit personnage apparût alors au cœur de la fleur. Il n’était pas plus haut qu’une pâquerette. Mise à part sa petite taille, ses yeux qui ressemblaient à deux points de beauté et sa peau couleur de lune, il avait tout d’un garçon normal. Enfin si tant est que la normalité existe puisqu’Iris elle-même était souvent traitée comme un être à part, hors du commun rejeté par la majorité de ceux qui vivaient autour d’elle.

Le garçonnet répondit de sa voix fluette :


« Mes amis me nomment Lulu. Je sais qui tu es car il y a longtemps que je t’observe depuis mon monde. »


Son monde ? Iris voulut en savoir davantage. Des dizaines de questions fusaient de sa bouche sans même laisser le temps à Lulu d’y répondre, tant elle était émerveillée et curieuse. Une fois qu’Iris retrouva son calme, Lulu lui expliqua que son univers était aussi vaste que le sien, qu’il était là, tout près d’elle, depuis toujours …mais que seuls quelques-uns avaient la capacité d’y accéder. Il fallait avoir un esprit ouvert et hors du commun pour cela.


Lulu était un rêveur qui aimait regarder, pendant des heures, les étoiles qui brillaient dans la nuit noire. Régulièrement, il venait pour cela au bord de la porte des bois, invisible aux yeux des humains, et il avait remarqué les fleurs délicates qui poussaient à ses pieds.


Un soir, un peu triste et esseulé, il était venu juste avant le crépuscule pour mieux les admirer et là, il l’avait vu danser entre les fleurs, cheveux au vent. Il l’avait vu s’étendre au milieu des tiges verdoyantes, un sourire délicat sur les lèvres. Il l’avait vue tracer de ses doigts fins les silhouettes des fleurs parfumées…Lulu était alors revenu de plus en plus souvent avant la tombée de la nuit pour l'observer. Il avait écouté attentivement les confidences qu’elle partageait avec son jardin secret : ses émois, ses déboires, ses joies comme ses peines…


Puis le petit farfadet s’était inquiété de ne plus la voir, les bourgeons commençaient à sécher et les feuilles à perdre de leur vivacité. Aucune goutte rafraichissante n'avait effleuré le sol depuis plus d’une semaine et la chaleur était étouffante. Même dans son monde les effets de la canicule commençaient à se ressentir. Alors Lulu avait pris soin du jardin d’Iris en son absence. Chaque nuit, il avait déposé une rosée rafraîchissante sur la terre assoiffée. Il avait aussi planté une graine particulière qui n'existait que dans son monde : la graine de Janus...


A suivre !


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Lucie