Dans les airs

Texte écrit pour l'atelier d'écriture Treize à la douzaine à partir de la liste de mots n°48.


A neuf ans, j’avais assisté pour la première fois à l’envol d’un de ces vaisseaux de tissu qui n’avaient pas besoin d’être gonflés à l’hélium comme les ballons de baudruche pour s’élever dans les airs. On m’avait alors appris qu’ils se nommaient « Montgolfières ».


J’avais été immédiatement fasciné ! Mon regard fixé sur la flamme qui jaillissait par intermittence, mes pensées s’étaient envolées dans le ciel avec les passagers qui nous saluaient à grands mouvements de bras. Depuis ce jour, j’avais collectionné tout ce qui évoquait ce moment incroyable : des miniatures, des posters, et surtout des livres dans lesquels je me plongeais pendant des heures et des heures…jusqu’à en oublier de me nourrir. Seuls les gargouillis intenses de mon ventre me rappelaient qu’un repas m’attendait quelque part ! Cette passion ne m’avait jamais quitté.


Trente ans plus tard, je continuais à participer à tous les rassemblements de ces engins extraordinaires qui provoquaient à chaque fois mon admiration. Alors, lorsque j’ai appris que plusieurs dizaines de ces merveilles allaient décoller de la prairie en bas du château de Bel Air, perché sur la colline de mon village natal, mon cœur battit la chamade tel un tambour annonçant un événement exceptionnel !


Dimanche 23 septembre, 6h tapante, j’y étais. Rien ne m’échappait. Installé en haut du donjon du vieux château qui surplombait la vallée, je pouvais tout observer : les navigateurs s’activer autour des toiles étalées sur le sol, les admirateurs commencer à s’installer, … Toutes les couleurs qui envahissaient le vert tendre du pré formaient un patchwork fabuleux. Petit à petit, les ballons se gonflaient d’air chaud, grossissaient…pour enfin s’élever au-dessus du plancher des vaches.


Certaines nacelles présentaient quelques signes d’usure, mais leurs passagers ne semblaient pas s’en inquiéter, trop excités par le nouveau défi qui leur avait été lancé : parcourir la plus longue distance en vingt-quatre heures. La lutte pour la victoire s’annonçait palpitante. Le ciel était d’un bleu limpide et une douce brise permettait aux montgolfières de se mouvoir délicatement telles des feuilles d’automne emportées par le vent. Toutes les conditions nécessaires au succès de l’événement étaient là.


9h. Tous les participants avaient quitté le sol. Toutes sortes de couleurs vives ou pastelles, de formes variées embellissaient le ciel azur. Le combat pour la première place commençait à se durcir, même s’il restait amical et inaperçu des néophytes. L’équipage des francs-comtois, des amis rencontrés lors d’un rassemblement ultérieur, était en tête, suivi de près par un ballon tête de chien qui me fit sourire. D’autres attendaient patiemment à l’arrière pariant sur l’endurance de leur embarquée ou sur d’autres stratégies.

Midi. La prairie s’était progressivement vidée de ses occupants. Certains armés de gros objectifs performants tentaient de suivre encore un peu les derniers points multicolores qui s’évanouissaient à l’horizon.


Quant à moi, j’ai remballé mon matériel photographique et je suis rentré suivre la fin de la course sur la chaine locale. Les ballons se laissaient porter au gré du vent, mais leurs capitaines les guidaient en main de maître : la distance entre les premiers et les derniers s’allongeait.


18h. J’étais en train de trier les photos de la matinée sur mon ordinateur, et de sélectionner les meilleures d’entre elles pour le prochain numéro du magazine « Imag-in » pour lequel je travaillais, quand j’appris que, malheureusement, mes amis avaient dû abandonner au bout de deux cent quarante-sept kilomètres parcourus, leur toile ayant été percée suite à une collision avec un vol d’étourneaux. Le suspens était intense : quel équipage allait gagner la course aux kilomètres ?


Minuit. J’ai fini par m’endormir devant la télévision…Mon corps n’a pas voulu d’une nuit blanche !

6h15.Les gagnants, ou plutôt les gagnantes, trois copines passionnées, ont posé leur nacelle à huit cent soixante-deux kilomètres du point de départ. Leurs sourires fatigués rayonnaient du même bonheur que celui qui pouvait être lu sur mon visage lorsque j’avais vu ma première montgolfière décoller.


#treizeàladouzaine, #montgolfière, #lutte, #défi, #textecourt


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Lucie