Blanche, épisode 3 : Le départ

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Blanche n’en pouvait plus d’être passive à attendre un retour improbable. Elle trépignait, torturée par un sentiment indéfinissable, entre colère et terreur, qui tordait ses entrailles au point d’en perdre l’appétit. L’insomnie gagnait du terrain, ses nuits étaient peuplées de cauchemars de plus en plus noirs…elle sombrait indéfectiblement vers des ténèbres terrifiants qui ne lui ramèneraient pas le seul être qui hantait avec chaleur ses pensées…Paul.


Était-il mort ? Était-il prisonnier ? Elle ignorait tout mais gardait espoir … l’espoir, ce fil ténu auquel elle se raccrochait…ce fil qu’elle tissait toujours comme si le fait de cesser serait signer une fin qu’elle refusait du plus profond de son cœur, de son âme. Non elle ne se laisserait pas happer par le néant…elle résisterait encore et toujours. Il fallait qu’elle réagisse vite. Quitte à aller au devant du danger, elle survivrait pour lui !


Son père inquiet avait invité Jeanne, la sœur de son épouse défunte à passer le week-end au manoir. Elle vivait dans la capitale où son mari Jacques était facteur. Ce dernier avait été mobilisé et d’après les dernières nouvelles il était sur le front le plus au nord de la frontière avec l’Allemagne. Jeanne recevait des nouvelles à travers des cartes postales préremplies qui étaient fournis aux soldats, et parfois grâce à ses lettres qu’elle conservait précieusement. Elle lui en écrivait aussi régulièrement que possible, et lui envoyait des colis de conserves, de savons, ou autres produits de première nécessité …en espérant qu’ils lui parviennent et lui apportent un peu de réconfort dans les tranchées dont il parlait peu mais où les conditions de vie terribles s’ajoutaient au poids de cette guerre meurtrière qui s’enlisait. Jeanne le savait.

Elle avait un fort tempérament et tenait une petite boutique de dentellière qu’elle tenait de ses parents décédés tout deux depuis bien longtemps. Blanche était son unique descendante. La vie ne lui avait pas accordé la chance de mettre au monde les enfants qu’elle avait tant désirés. Deux jeunes demoiselles travaillaient avec elle depuis le début de la guerre : les filles d’un ami de la famille dont le père a été arraché à la vie dès les premiers jours de cette guerre monstrueuse. Jeanne avait insisté auprès de leur mère pour les embaucher afin ainsi de les aider à subvenir à leurs besoins…et pour dire vrai de se sentir moins seule. Elle ne le regrettait pas, elles avaient des doigts de fée et leurs dentelles était très appréciées de la clientèle. Elles avaient vite appris grâce à la patience de Claire, fidèle employée de ses parents, qui avait été ravie que Jeanne reprenne la main et la garde.


Le père de Blanche souhaitait que Jeanne emmène Blanche quelques temps dans son grand appartement de Paris pour la distraire et qu’elle apprenne le métier de sa tante. Il ne savait plus que faire pour la sortir de son état dépressif, et lui-même se sentait affaibli par la perte de tant de jeunes de ses employés ou fils d’amis… Le départ eut lieu dès la fin du week-end. Le ciel était bas et blanchâtre. Il faisait froid, la neige allait bientôt tomber. Les gens du Haut le sentaient bien. Blanche étreignit tendrement son père et tous deux se quittèrent non sans retenir quelques larmes dans leur cœur. Ils se reverraient pour Noël, son père lui avait promis de les rejoindre dans la capitale.


Malgré la tristesse de laisser son père seul au manoir, Blanche partit avec sa tante pleine d’un espoir un peu fou… Dès qu’elle avait eu connaissance de ce projet de départ pour Paris, elle avait secrètement élaboré un autre plan qu’elle espérait réussir à mener à bien. Le poste de facteur de son oncle n’avait pas trouvé de remplaçant. Elle avait entendu dire que des femmes occupaient les postes de facteurs vacants…en prenant la place de son oncle, elle pourrait peut-être rencontrer des personnes en contact avec des vaguemestres qui sillonnaient les tranchées pour distribuer le courrier… et ainsi retrouver une trace de vie du seul homme qu’elle avait aimé jusqu’alors.


Elle ne pouvait s’engager en tant qu’infirmière comme certaines de ses amies car elle craignait trop la vue du sang et n’avait pas assez de connaissances médicales… L’idée de devenir factrice avait grandi en elle aussi vite que le haricot magique du petit Jacques que sa mère lui lisait enfant. C’était avant que la maladie ne l’emporte. Le souvenir de sa mère douce et attentionnée, la remplissait de tendresse et de force aussi. Elle savait que sa tante pensait lui apprendre l’art de la dentelle…mais elle ne souhaitait pas quitter ses broderies pour d’autres fils…elle avait besoin d’action, besoin d’agir pour retrouver son Paul, pour savoir où il était et surtout s’il était toujours vivant. Retrouver Paul. C’était son unique but. Elle était prête à tout pour l'atteindre. Il lui faudrait pourtant affronter bien des obstacles auxquels elle ne s'attendait pas encore...


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