Blanche, épisode 2 : Paul et Le Bottet

Mis à jour : 29 oct. 2019

Pour lire ou relire la première partie : Blanche, épisode 1



15 décembre 1914


Paul ouvrit difficilement les yeux. Il avait l'impression que ses paupières lourdes étaient plombées...Il ne sentit pas de suite le reste de son corps, trop assommé encore. Mais au fil de son réveil, il prit conscience de la douleur immense qui prenait d'assaut chacune des moindres parties de ses membres, de son être...une douleur atroce. Sa gorge était sèche. Un goût amer et intense de sang l'envahit. Cela l'écoeura et il sentit une vague nauséeuse monter en lui qu'il ne put réprimer.

Paul tentait avec le peu de force qu'il avait de se souvenir où il était et pourquoi son corps n'était plus que souffrance… il n'y parvint pas. Un voile noir masqua sa vue et il sombra à nouveau dans un monde aussi obscur que celui de la nuit qui l'entourait.


Lorsqu'il reprit enfin conscience, il crut apercevoir le visage d'une femme...un visage familier et plein de tendresse auquel pourtant il n'arrivait pas à donner de nom… Il se rendit compte, après un effort surhumain pour obliger son esprit à s'éclaircir, qu'en réalité il s'agissait d'un jeune soldat. Un jeune homme d'à peine 18 ans dont le regard peinait à dissimuler l'effroi et l'angoisse qui le tourmentait et qui pourtant souriait à Paul, heureux de le voir ouvrir ses yeux boursoufflés.


Il s'appelait Armand, mais beaucoup le surnommait " Le Bottet"*, en raison de son jeune âge.

Le Bottet avait, semble-t-il, pansé les plaies de Paul avec ce qu'il avait trouvé dans les bardas des soldats morts disséminés autour d'eux… au milieu des arbres déchiquetés comme les corps de leurs camarades par les trop nombreux obus ennemis. Il avait lui même la jambe gauche mal au point et boitait. Mais il s'estimait chanceux dans ce grand malheur car épargné par cette avalanche de fusées tueuses qui avait déferlé sur leur groupe.


Ils étaient partis tôt dans la nuit en reconnaissance, afin d'évaluer le nombre de soldats allemands et les armes dont ils disposaient sur le front le plus proche de la position de leur régiment, et pourquoi pas réussir à prendre un de leur poste par surprise ! Ils avaient traversé une dense forêt qui humait bon sapins et épicéas, et leur rappelait leur pays que malheureusement beaucoup ne reverraient jamais. Ils savaient tous en partant que la mission pouvait s'avérer dangereuse, et, en même temps, ils avaient hâte de prouver leur bravoure et leur valeur pour sauver la France. Ils ne s'attendaient pas à une telle attaque dans ces bois magnifiques...ils ne pensaient pas mourir ce jour-là.


Sur la vingtaine d'hommes, il ne restait apparemment plus qu'eux deux : Armand et Paul.

Paul l'ignorait encore. D'ailleurs tout n'était que brouillard dans sa tête. Seules quelques images diffuses et floues lui apparaissaient au fur et à mesure que Le Bottet lui narrait les événements de ces derniers jours. Il y avait aussi ce visage de femme qui régulièrement flottait au-dessus de toutes ses images de destruction et lui procurait une douce sensation de bien-être...qui était-ce ? Paul ne s'en souvenait toujours pas ; une partie de sa mémoire lui avait été arrachée en même temps que son oreille droite. Des éclats d'obus avaient perforé son corps à de multiples endroits.


Heureusement pour lui qu'Armand était petit-fils de médecin et avait appris à ses côtés quelques rudiments qui lui avait permis de stopper les hémorragies et de limiter les infections. Malgré son jeune âge et la peur terrifiante qui devait le torturer de l'intérieur, Le Bottet avait réussi à garder son sang froid et s'était acharné à soigner Paul, à le garder en vie durant plusieurs nuits et jours, craignant à chaque instant l'arrivée d'ennemis dans le froid de l'hiver débutant, et n'ayant aucun moyen pour prévenir son régiment de leur présence toujours vivants en ces lieux. Il les avait dissimulés à l'aide de branchages derrière le tronc d'un sapin de bonne taille. Ce devait être un sapin majestueux avant...avant ce massacre indéfinissable.


Maintenant que Paul semblait sorti d'affaire et se sentait apte à marcher, il fallait partir. Tenter de rejoindre leur point de départ ou tout autre bastion français.


A suivre...


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